En médecine chinoise, il n'y a pas quatre saisons mais cinq. Entre chaque saison, une intersaison. Quinze jours pour revenir au centre , poser ce qui a été, digérer avant de basculer dans la suivante.
En ce moment, c'est l'élément Terre qui est aux commandes. Celle qui relie l'automne qui s'essouffle et l'hiver qui s'annonce en silence. Le 8 novembre, le froid prendra sa place. Mais avant cela, il y a ce sas, ce temps suspendu où la Terre change de texture : plus de feu, pas encore d'eau, mais une disponibilité. C'est le moment où la la terre craquelée de l'été s'assouplit. Elle s'apprête à recevoir. Elle se creuse doucement pour accueillir les pluies de l'hiver, comme une main ouverte. Plus rien à produire, juste à absorber.
Notre corps suit le même mouvement, au rythme des saisons au rythme de la nature dont il fait partie. Revenir en notre centre et relâcher ce qui nous encombre, s'alléger pour mieux se préparer à l'hiver comme l'arbre se libère des feuilles actrices de l'histoire passée de l'an écoulé. Seul notre mental met un frein à cet élan naturel que toute la création accueille.
Ce que la Terre fait à l'extérieur, la "Rate" le fait à l'intérieur. Elle trie, elle transforme, elle digère. Elle remet de l'ordre dans le chaos. Elle t'invite à la lenteur, à la simplicité, à la chaleur douce. Elle n'invite pas à fuir, mais à redevenir habitable. Ce n'est pas une pause, c'est un travail de fond. Une alchimie qui ne se voit pas mais qui change tout. Comme une pièce qu'on range enfin et dans laquelle on peut à nouveau respirer.
Parce que sans Terre, l'élément Eau de l'hiver n'a nulle part où descendre. Et sans centre, rien ne tient. La rate, ce centre oublié, n'est pas que digestive, elle est ce qui permet à tout de tourner rond. En médecine chinoise, on ne sépare pas le corps en petits morceaux. On parle de mouvements, rythmes, de fonctions. Et l'un des plus fondamentaux, c'est celui de la Terre.
L'élément Terre est associé :
à la couleur jaune, orange et marron ; à la saveur douce (pas sucré mais douce comme la noix de cajou, les céréales, les légumineuses ; à la direction du centre (là où tout revient, là d'où tout part) ; à l'intersaison (ce moment entre deux saisons, où l'on digère ce qui a été avant de passer à la suite).
Ses organes sont : la rate-pancréas (organes "pleins"), estomac (entraille "creuse").
Quand on dit "Rate" en médecine chinoise, on ne parle pas juste de ce petit organe à gauche sous les côtes, on parle de l'ensemble de notre système digestif, et surtout de notre capacité à transformer ce que l'on reçoit - nourriture, émotions, expériences - en quelque chose qui nourrit le vivant.
La Rate, c'est celle qui digère, qui extrait l'essence, qui transforme, et surtout... qui distribue. Ce n'est pas elle qui fait le premier broyage (c'est l'estomac), mais c'est elle qui fait le tri, qui absorbe, qui envoie les bons nutriments là où le corps en a besoin. C'est elle qui veille à ce que tout le monde ait sa part. Et pour faire ça, elle a besoin d'un bon feu digestif ; d'une nourriture simple, chaude, vivante : de régularité ; et d'un certain calme intérieur, car elle est très sensible au stress et au surmenage mental.
Quand la Terre est forte, tu as de l'énergie, tu digères bien, tu es centré, stable, posé. Quand elle est affaiblie tu t'égares, tu gonfles, tu te fatigues, tu te perds dans tes pensées. Et tout le système en pâtit : digestion, sang, muscles, émotions, stabilité...
La Terre, c'est la mère nourricière, celle qui transforme la matière brute en énergie disponible. Celle qui relie le haut et le bas, l'interne et l'externe. Et celle sans qui aucun autre organe ne peut bien fonctionner. Si tu cherches un point d'ancrage pour ta santé, commence par là, par la Terre, et donc par ta digestion.
Humidité : quand la Rate sature, le corps gonfle et la tête devient lourde. Quand la Rate s'épuise, quand le feu digestif faiblit, elle n'arrive plus à transformer correctement ce que tu manges. Résultat : ce qui devrait être transformé en énergie devient une masse stagnante. On appelle ça l'Humidité. Cette humidité n'est pas juste une image, elle s'accumule partout où elle peut : dans les jambes sous forme de rétention d'eau, oedèmes, cellulite - dans la tête, sous forme de brouillard mental. - dans l'abdomen, sous forme de "boue biliaire", de glaires, de gaz ou de ventre gonflé - dans le système gynéco : SOPK, fibromes, endométriose - dans les articulations : raideur, cristaux, douleurs diffuses - et parfois, elle se condense : kystes, ganglions, nodules, lipimes, voire tumeurs.
Et la plupart du temps, on ne fait pas le lien. On essaie une crème anti-cellulite, une détox jus vert, une cure d'argile ou une énième pilule. Mais tant qu'on ne relance pas le feu digestif, rien ne bouge car cette humidité, colle, elle s'infiltre, sourde et tenace. Et plus on met d'aliments crus, froids, sucrés ou transformés dans un système déjà ralenti... plus elle s'installe. La Rate ne suit plus. Elle est épuisée à force de digérer des choses froides ou qui n'ont plus rien de vivant. Elle est débordée par tout ce qu'elle n'arrive plus à trier. Et dans ces cas -là, ce n'est pas de la discipline qu'il faut, ni un régime mais du bon sens.
Du chaud, du simple, du cuit, de la régularité, du goût doux pour relancer le feu. Un feu qui cuit, transforme, fait circuler. Un feu que l'on réveille le matin avec un bouillon, un thé vert. Qu'on protège avec un repas chaud. Qu'on soutient avec du gingembre en thé ou râpé, des épices : cannelle, cardammone, curcuma, poivre noir (pas trop), cumin, paprika... (choisir les épices pas trop piquantes, le gingembre est une exception). Feu que l'on soutient parfois avec une bouillotte posée sur le ventre, portez de grosses chaussettes, châle, gilet. Du chaud, du chaud et du chaud. Parce que quand le feu revient, l'humidité s'évapore et avec elle , repartent les douleurs, les gonflements, la tête embrumée, les envies de sucre, la lassitude permanente. Ce n'est pas magique, c'est physiologique.
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