Analyser, comprendre ses bloquages émotionnels, vraiment ?

Analyser, comprendre ses bloquages émotionnels, vraiment ?

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On arrête d'abord l'hémorragie, puis on soigne la plaie et ensuite les séquelles

Si vous êtes dans une relation toxique maintenant, la priorité n'est pas de comprendre pourquoi vous attirez des personnes toxiques. La priorité est de sortir de cette relation. On comprendra après, on anlysera après, on guérira en profondeur après. Cette idée qu'il faut être doux, patient, compréhensif avec nos résistances au changement tue plus de vie qu'elle n'en sauve.

Tout analyser

La compréhension donne l'illusion du contrôle. On nous a vendu l'idée que la clé de la libération est la prise de conscience, comprendre nos blessures, analyser nos schémas, identifier nos traumas. La différence entre les personnes qui guérissent et celles qui stagnent, c'est que les premières arrêtent de chercher à comprendre et commencent à vivre autrement. 

Pourquoi cette obsession de la compréhension nous piège-t-elle?

La réponse est dans une petite région de notre cerveau qu'on appelle le cortex préfrontal qui adore créer des histoires, des explications, des récits cohérents. Le problème c'est que ces histoires deviennent des prisons dorées. Toute cette compréhension psychologique peut devenir une excuse sophistiquée pour ne rien changer, un alibi intélectuel pour rester dans nos zones toxiques connues plutôt que d'aller vers l'inconnu. 

Nous n'avons pas besoin de comprendre pour guérir. Les études en thérapie comportementale et cognitive le prouvent depuis des décennies. On peut modifier des comportements, transformer des émotions, réorganiser des pensées sans forcément remonter à la source.

Cela va à l'encontre de toute une culture psychanalytique qui nous a conditionné à croire que tout se joue dans l'enfance et qu'il faut exhumer chaque souvenir douloureux. Si vous aviez une phobie des araignées, qu'est-ce qui vous guérirait le plus efficacement, passer 5 ans à chercher l'événement traumatisant de votre enfance qui a créé cette peur où vous exposez progressivement graduellement à des araignées dans un environnement sécurisé jusqu'à ce que votre cerveau comprenne qu'il n'y a pas de danger réel.

Et c'est exactement pareil pour nos blessures émotionnelles, nos schémas relationnels, toxiques, notre difficulté à nous affirmer, notre tendance  à l'autosabotage. La souffrance psychologique n'existe que dans la mesure où nous l'alimentons mentalement. Nous ne parlons pas de nier la réalité, de refouler ou d'ignorer mais de se rendre compte que nos pensées créent notre réalité émotionnelles pas les événements eux-mêmes mais nos pensées sur ces événements. Exemple: Votre ex vous a quitté il y a trois ans. C'est un fait. Vous souffrez encore aujourd'hui, c'est parce que dans votre tête, vous vivez encore cette rupture tous les jours. Notre cerveau ne fait pas la différence entre un souvenir et une expérience réelle. Pour lui, à chaque foi que vous vous rejouez mentalement la scène, c'est comme si elle se produisait maintenant.

La décision consciente de changer le récit mental est le chemin de la guérison. Il existe trois types de pensées :

  • les pensées utiles qui nous font avancer
  • les pensées neutres qui sont juste là sans impact
  • les pensées toxiques qui nous empoisonnent lentement mais sûrement.

Exemple d'une pensée toxique et de son analyse : "Je ne mérite pas d'être aimé ! " D'où vient cette croyance? Ah oui, ma mère ne me valorisait jamais, Mon premier amour m'a trompé. Mon ex-mari me critiquait constamment ... Vous savez maintenant d'où vient cette pensée-croyance, est-ce que cela change quelque chose? Pas vraiment. Par contre en la laissant passer comme un nuage dans le ciel. Vous la reconnaissez, et vous la laissez partir. Se séparer de nos pensées au lieu de fusionner avec elles, prendre conscience que je ne suis pas mes pensées, j'ai des pensées. Nuance cruciale.

Exemple : "Je suis un échec relationnel !"

  • Premère option : croire cette pensée, la prendre pour une vérité absolue, l'analyser, chercher des preuves, s'enfoncer.
  • Deusième option : observer cette pensée comme on observe un oiseau qui passe. Tiens, voilà la pensée que " je suis un échec relationnel " qui revient. Intéressant, elle aime bien traîner par ici celle-là et continuer à vivre. Je ne suis pas mes pensées.

La guérison peut être simple, pas facile. Attention simple et facile ne sont pas des synonymes, mais la guérison n'a pas besoin d'être un processus de dix ans d'archéologie psychique.

La recherche en neuroplasticité sait que le cerveau se reconfigure constamment en fonction de ce que nous faisons, pas en fonction de ce que nous comprenons. Si vous passez vos journées à ruminer vos échecs, vous créez des autoroutes neuronales de la rumination. Si vous passez vos journées à pratiquer de nouveaux comportements, vous créez des autoroutes neuronales de ces nouveaux comportements. C'est mathématique et biologique.

Analyser et comprendre donne l'illusion du contrôle et le piège est que réfléchir devient un substitut à l'action, au changement. C'est comme lire cent livre sur la natation sans jamais mettre un pied dans l'eau. 

Ce qu'il nous manque pour avancer n'est pas de la compréhension mais de l'action. Des actions concrètes répétées qui créent de nouveaux circuits neuronaux. L'action commence par une décision simple. Arrêter de creuser et commencer à construire.

Lâcher prise sur le passé

  • Identifier une souffrance récurrente. Pas toutes vos souffrances, juste une. La plus présente, la plus handicapante. Pour certain, c'est l'anxiété relationnelle. Pour d'autre, c'est la difficulté à dire non, une tendance à se s'aborder juste quand les choses vont bien. 

 

  • Observer la pattern sans jugement. Comment cette souffrance se manifeste-t-elle, quels sont les signes avant coureur, que se passe-t-il dans notre corps, dans nos pensées, dans nos comportements. Observez comme un scientifique observe un phénomène avec curiosité, pas accusation.

 

  • Identifier une action la plus petite possible que vous pourriez faire différemment. Pas l'action idéale, pas l'action héroïque, l'action minimale viable, celle tellement petite que votre cerveau ne peut pas la refuser. Exemple : vous êtes dans une relation où vous vous sentez invisible. L'action héroïque serait de partir, claquer la porte, de reconstruire votre vie. Magnifique. Mais si vous étiez capable de faire ça, vous l'auriez déjà fait. L'action minimale, exprimer un besoin par jour. Un seul. "J'ai besoin de savoir si tu rentres dîner." Efficace? Absolument ! Le changement ne vient pas des grandes décisions, il vient de la répétition de petites actions. 

 

  • Reconstruire une relation saine avec soi. Regardez la nature, un arbre ne pousse pas en un jour. Un canyon n'est creusé que par l'eau qui s'y écoule jour après jour, année après année. Votre guérison, c'est pareil. Chaque petite action répétée sculpte votre cerveau, votre personnalité, votre vie. 

 

  • Avant la fin de cette journée, posez une action, une seule, tellement petite qu'elle ne fait pas peut tout en étant concrète et mesurable, observable. Vous avez peur d'appeler quelque'un, envoyez un message. Vous avez peur d'envoyer un message, écrivez le messange sans l'envoyer. C'est encore trop, ouvrez l'application. On peut toujours rendre l'action plus petite jusqu'à ce qu'elle soit faisable. Une fois que vous avez fait cette microaction, votre cerveauu a changé littéralement, physiquement, des connexions neuronales se sont créées. La prochaine fois sera plus facile et encore plus facile la fois d'après. Chaque action, aussi petite soit-elle  prépare le terrain pour l'action suivante. C'est un muscle. le premier jour où vous soulevez 1 kg, c'est difficile. Le 30e jour, c'est devenu naturel et soudain vous êtes capable de soulever 5 kg. Vos comportements émotionnels fonctionnent exactement de la même manière. Chaque fois que vous dites non quand vous voulez dire non, vous renforcer le muscle de l'affirmation. Chaque fois que vous sortez d'une situation toxique, vous renforcez le muscle de l'autoprotection. Chaque fois que vous choisissez consciemment de ne pas ruminer, vous renforcez le muscle de la présence...