La loi du Pendule

La loi du Pendule

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C'est un principe qui s'applique à notre vie entière. Isaac Newton l'a formulé ainsi : " À toute action, il existe une réaction égale et opposée".

En physique, c'est une évidence. Nous frappons une table du point, notre main absorbe le même choc que la table. Cette loi s'applique également à notre vie intérieure. 

Si nous forçons une relation, en envoyant trop de messages, si nous cherchons trop à plaire, lorsque nous nous accrochons à quelqu'un qui s'éloigne, nous crééons une pression qui génère une résistance égale et opposée. Non parce que je ne suis pas aimable mais parce que c'est mécanique, c'est une loi, comme la loi de la gravité en est une autre.

Lorsque nous nous asseyons devant une page blanche, en attendant l'inspiration qui ne vient pas, nous crééons exactement les conditions pour que l'idée ne vienne pas. Elle viendra plus tard sous la douche, en marchant en ne pensant à rien au moment précis où nous aurons cesser de forcer.

Lorsque nous forçons le bonheur, en se répétant que nous devrions être heureux, que nous avons tout pour l'être, que les gens dans notre situation sont heureux... nous crééons un conflit intérieur qui nous rend encore plus malheureux parce que le bonheur ne supporte pas la contrainte, il ne répond pas aux ordres mais apparaît lorsque cessent les injonctions.

Plus nous cherchons à nous sentir mieux, plus nous nourrissons la conviction que quelque chose ne va pas en nous.

Plus nous courons apès la confiance en nous, plus nous confirmons à notre être profond  que nous ne la possédons pas. Plus nous essayons de ne pas avoir peur, plus nous devenons conscient de notre peur. L'effort lui-même contient la négation de ce que nous cherchons, c'est comme essayer de lisser la surface de l'eau avec sa main, chaque gestes pour aplanir les vagues en crée de nouvelles. Et plus nous nous acharnons plus la surface s'agite. La seule façon d'obtenir une surface lisse, est  de cesser de nous agiter et laisser l'eau retrouver son calme par elle-même.

Notre obsession du contrôle est le problème fondamental.

Nous nous essoufflons à vouloir contrôler des choses qui ne peuvent pas l'être. Les émotions et les réactions des autres, le futur, la mort... ces tentatives permanentes de contrôle créent l'anxiété, la frustration, le sentiment que la vie nous échappe. Essayer de contrôler ce que les gens pensent de nous, l'impression qu'ils vont se faire de nous. Contrôler la direction de notre carrière, de nos relations, de notre santé. Et plus nous resserrons le contrôle, plus ça glisse entre les doigts.

Des disputes qui tournent en rond

Convaincre l'autre, aligner ses arguments, essayer de prouver d'avoir raison et plus on insite et plus l'autre se braque et se ferme. Plus je pousse sur mes points de vue et plus l'autre s'accroche aux siens. C'est le pendule. Notre force créé sa résistance, notre insistance nourrit sont entêtement.

Pourtant en lâchant la force et la résistance par une phrase simple comme :"peut être, ou peut-être que tu as raison ou encore je ne sais pas,..." Mais pas comme une stratégie pas pour manipuler, mais sincèrement, c'est à ce moment-là que l'autre accepte de s'ouvrir à un autre point de vue. En retirant la force contre laquelle il poussait, la résistance n'a plus de raison d'être. C'est mécanique, c'est humain.

Plus nous essayons de faire volontairement quelque chose, moins nous y parvenons.

La volonté consciente, cette chose que notre culture glorifie comme la réponse à tout, est en réalité un outil très limité, formidable pour les actions simples et mécaniques mais cathastrophique pour tout ce qui touche à l'être profond. Nous ne pouvons pas nous forcer à aimer, à créer ou à guérir. Nous pouvons créer les conditions, nous avons à préparer le sol, semer, arroser avec discernement mais  la graine poussera à son rythme.

La grande illusion, est cette idée que plus d'efforts égale plus de résultats. Que si ça ne marche pas, c'est que nous n'essayons pas assez fort, que si nous souffrons, c'est parce que nous n'avons pas trouvé la bonne méthode et nous voilà à nous imposer une autre discipline et à acheter un autre livre, à suivre un autre programme. Et chaque couche d'effort supplémentaire nous éloigne un peu plus de nous-même. Le problème n'a jamais été le manque d'effort.mais d'avancer par peur du vide, de l'immobilité, de ce qui se passe quand le silence se pose, de l'inconfort ressenti à ce qui est... Comme si forcer est la seule réponse, comme si la vie est un bras de fer et que relâcher la pression une seconde, c'est se perdre. Comme si la vie humaine est un pendule qui oscille entre la souffrance et l'ennui. Un désir inassouvi, provoque la souffrance du manque, et un désir assouvi satisfait un instant puis l'ennui s'installe et avec lui, un nouveau désir, une nouvelle souffrance. Le pendule ne s'arrête jamais.Cela ressemble à une malédiction mais ce n'est qu'un mécanisme, comme pour l'homme d'affaire ultra rationnel, qui fait une crise mystique à cinquante ans, ou la femme dévouée aux autres qui explose de rage un matin sans raison apparente, l'ascète qui bascule dans l'excès, le rebelle qui devient conformiste... chaque fois le même mécanisme, une force poussée si loin dans une direction qu'elle bascule dans l'autre comme un pendule qui a atteint le bout de sa course.

Chaque désir est une poussée, un élan qui lance le pendule dans une direction qui garanti qu'il reviendra dans l'autre. Comprendre que c'est précisément cette course au désir d'autrement, d'autre chose qui  garantit le retour vers l'autre côté. La culture du forcing que j'ai de moi-même , l'histoire que je me raconte, le plan que j'avais construit dans la tête sur comment les choses devaient se passer. Ces plans, cette histoire, ce ne sont pas moi, ce sont des constructions mentales, nous pouvons les lâcher sans mourir. On ne meurt pas de lâcher, on meurt de ne pas lâcher.

Il y a une qualité que nous remarquons immédiatement chez certaines personnes qui vivent en ce sens, nous ne saurions la nommer mais nous la reconnaissons sous la forme de calme qui n'a rien à voir avec la passivité. Ces gens ne sont pas mous, pas détachés, pas indifférents. Ils sont présents mais ils ne poussent pas, ils n'essaient pas de nous convaincre, pas de nous impresssionner, pas de contrôler l'issue de la converstion. Ils sont juste là. Et paradoxalement, ce sont eux qui ont le plus d'impact.Un ami qui n'a rien dit pendant une crise, mais dont la présence silencieuse fait le plus de bien que tous les conseils du monde. Un collègue qui ne se bat jamais pour avoir raison et qui étrangement finit toujours par influencer les décisions. Une personne inconnue dans un dîner organisé  avec qui nous avons parlé de tout, et en partant, nous nous sentons plus léger. Ces gens-là vivent au centre du pendule. Ils ne poussent pas vers le plaisir et ne fuient pas la douleur. Ils laissent le mouvement exister sans s'y accrocher. Cette absence de force, cette présence sans agenda,  c'est être pleinement dans l'instant. On ne deviens pas cette personne en essayant de le devenir. On le deviens en cessant d'essayer d'être autre chose.

Mais il y a un endroit, un point d'immobilité parfaite, là où le retour n'a pas encore eu lieu. Ce point, ce n'est pas le bonheur, ce n'est pas la souffrance, c'est quelque chose que notre langue n'a pas vraiment de mots pour décrire. Une sorte de présence immobile, un endroit où nous ne sommes ni en train de poursuivre, ni en train de fuir, où nous sommes simplement là. Et c'est depuis cet endroit-là que les choses commencent à venir vers nous au lieu de nous fuir. 

L'âme humaine cherche l'équilibre et lorsque nous refusons cet équilibre en forçant dans une seule direction, elle nous ramène à l'autre extrême pas par punition mais par nécessité. 

L'harmonie n'est pas l'absence de tension

L'harmonie est la tension elle-même tenue en équilibre. L'arc ne fonctionne que parce que la corde tire dans un sens et le bois résiste dans l'autre. S'il n'y a pas de tension, l'arc est un bâton. Si la corde est forcée, l'arc se brise. De la même façon nous ne sommes pas censés éliminer la tension. Nous ne sommes pas censés atteindre un état où tout est calme, résolu, contrôlé. Nous sommes censés tenir la tension entre ce que nous voulons et ce qui est, entre l'action et l'immobilité. Beaucoup pensent que le but est de résoudre la tension, de choisir un côté et de s'y installer. Soit je fonce, soit j'abandonne, soit je contrôle tout, soit je ne contrôle rien. Soit je me bats, soit je m'effondre. Mais la vraie force, celle qui tient dans le temps, qui ne se brisera pas, c'est la capacité à rester au centre, de tenir les deux côtés en même temps sans choisir d'agir sans forcer, de vouloir s'accrocher, de marcher vers quelque chose sans courir après.

Prenons exemple d'une conversation difficile à avoir. Le pendule oscille entre l'envie de foncer et la peur de ce qui va se passer. Une fois, c'est non, je le ferai demain et une fois c'est oui, je vais me débarasser de ça et rien ne se passe bloqué entre les deux par l'oscillation elle-même. La réponse n'est ni foncer ni éviter. La réponse est de se poser au centre. Reconnaître que oui, cette conversation doit avoir lieu. Reconnaître que oui, ça nous fait peur. Et au lieu de forcer le moment et d'envoyer un message rageur à deux heures du matin pour s'en débarasser, ou/et de provoquer une scène au pire moment, attendre le moment où nous pourrons nous exprimer depuis le calme et non depuis la peur. Pas attendre passivement comme quelqu'un qui espère que le problème disparaîtra. Attendre activement comme un archer qui ajuste sa visée avant de lâcher sa flêche. Il y a une immense différence entre ne pas agir par peur et ne pas agir par intelligence. L'un paralyse, l'autre prépare.

Le contre pied

Si la peur de ne pas dormir surgit, au lieu de se forcer à dormir, essayer de rester éveiller délibérément. Et observer. Si la peur de rougir en public tiraille, au lieu de lutter contre le rougissement, essayer de rougir le plus possible. Et observer. C'est contre intuitif. Cela fonctionne car la force qui alimentait le pendule est retirée. Lorsque la poussée cesse dans une direction le mouvement s'arrête. Plutôt que de lutter contre une douleur, la vivre à fond, la ressentir dans toute son expression...

Le paradoxe arrête lorsque nous arrêtons de combattre

Dans les circonstances les plus extêmes qu'un être humain puisse traverser, comme dans les camps de concentration, il a été observé que les prisonniers qui s'accrochaient le plus désespérément à l'espoir, comme de se dire : "On sera libéré pour Noël, on sera libéré pour Pâques" étaient souvent ceux qui s'effondraient le plus vite quand la date passait sans que rien ne change. Leur espoir n'était pas un soutient, c'était une forme de forcing. Ils forçaient une réalité sur la situation et quand la situation refusait de se plier, c'est eux qui se pliaient.

Ceux qui tenaient le plus longtemps étaient ceux qui avaient cessé de forcer un résultat sur l'avenir, qui vivaient un jour à la fois sans agenda, sans compte à rebour, sans cette tension permanente du "Quand est-ce que ça finit?" Pas par résignation mais par présence. Ils étaient là où ils étaient pleinement, même si là était l'enfer. Et cette présence, cette absence de forcing sur le futur leur donnait une force que l'espoir forcé ne pouvait fournir.