La  Conscience observe

La Conscience observe

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Cette voix, ce n'est pas nous, elle n'existait pas à notre naissance

Cette voix s'est installée plus tard à mesure que nous apprenions à parler. Elle s'est nourrie des phrases de nos parents, des avertissements de l'école, des regards de nos camarades, des petites humiliations que nous avons oubliées mais qui sont restées en nous. Elle est faite mot pour mot de tout ce que les autres ont déposé dans notre bouche avant que nous sachions refuser. Et nous avons fini par appeler "JE" ce qui n'était au départ que la voix des autres répétée à l'intérieur. 

Il y a un endroit où cette voix se révèle comme preuve absolue, qu'elle n'est aucunement nous, c'est à 3 heures du matin. Ces nuits, où nous nous sommes réveillés pour aucune raison. La voix s'est mise en marche. Pas pour nous aider, mais pour nous attaquer. Elle a sorti tout ce qu'elle avait. Une phrase qu'il n'aurait pas fallu dire, il y a 5 ans. Une chose à faire qui va s'oublier. Une peur sur le compte en banque, une dispute qui n'a pas eu lieu, une projection pour dans 10 ans, une honte ancienne, .... Nous avons beau essayé de l'arrêter, elle est revient, encore et encore.

En pleine nuit, nous sommes trop fatigué pour la couvrir avec du bruit. Travaille, téléphone, écrans, autres personnes, ... . La nuit tout est silencieux, et là, nous pouvons l'entendre pour ce qu'elle est. Elle voudrait nous protéger en nous faisant souffrir d'avance, elle croit que si nous nous inquiétons assez, nous pourrons éviter le pire. Elle est comme quelqu'un de très inquièt qui parle en nous depuis des années et qui ne sait pas se calmer. 

Celui qui souffre de ne pas dormir en pleine nuit, n'est pas celui qui parle, c'est celui qui écoute.

La voix est active en journée également mais c'est plus subtile. C'est elle qui compare, compte, argumente, prend les choses personnellement, proteste quand on parle d'elle

Imagine une expérience d'un homme assis devant un écran. Sans qu'il s'en rende vraiment compte, une voix détournée, lui suggère de se lever et de marcher. Il se lève et commence à marcher. Nous lui demandons alors pourquoi il se lève, et il répondra sans hésitation avec un calme parfait qu'il va juste chercher à boire... Cet homme ne ment pas, Il croit ce qu'il dit sincèrement alors qu'il s'est levé sur la suggestion d'une voix détournée mais une partie de son cerveau, en une fraction de seconde a frabriqué une explicaion pour donner du sens à ce qu'il vient de faire pour qu'il continue de croire que c'est lui qui décide. C'est une caricature, mais elle dit vrai sur ce qui se passe en nous tous les jours.

Notre cerveau invente des explications en permanence pour les choses que nous faisons sans vraiment savoir pourquoi. Il rationnalise après coup. Il fabrique une histoire dans laquelle nous nous retrouvons toujours à l'origine de nos propres actes, même quand ce n'est pas vrai, pour que tout reste cohérent. Il raconte ses histoires, de "je suis comme ci, je suis comme ça, j'ai fait ça parce que", c'est la voix dans notre tête. Si la voix invente, nous ne pouvons pas être la voix. Quelqu'un qui regarde un film, ne peut pas être le film.

C'est pareil en nous, il y a celui qui parle et il y a celui qui l'entend, appelons-le, le témoin. Dans la vie de tous les jours, un témoin, c'est quelqu'un qui était là, qui a vu, il n'agit pas, il regarde. En nous, il y a cette présence observatrice, qui regarde sans bruit depuis toujours. Nous sommes l'observateur, le témoin. 

Expérmentons :en fermant les yeux, on attend la première pensée, nous ne savons pas laquelle ce sera ni quand mais elle va arriver. La voilà, nous l'avons entendue puis elle est passée. Quelque chose en nous a vu cette pensée comme on voit un nuage traverser le ciel. Cette chose qui a vu, ce n'est pas la pensée, sinon elle n'aurait pas pu la voir. Cette chose qui observe, c'est nous. Nous pouvons observer nos mains. Il y a quelqu'un qui regarde derrière nos yeux, en arrière, à un endroit qui n'a pas d'adresse.

Cet ailleurs n'est pas un endroit dans l'espace, c'est juste un point de vue. Et ce point de vue n'a pas vieilli avec le reste. Lorsque nous nous souvenons d'un moment de notre enfance, nous nous souvenons tel que nous sommes maintenant, mais avec ce regard intérieur qui n'a pas pris une ride. Notre corps a vieilli, nos goûts ont changé mais ce point de vue depuis lequel nous regardons est exactement le même que lorsque nous avions six ans. Nous ne pouvons pas le démontrer, nous le savons, c'est tout.

Nous avons cru que le problème, C'était le contenu de nos pensées. Nous avons cru qu'il fallait avoir des pensées positives, plus calmes, plus reconnaissantes. Ca marche un peu mais pas longtemps. Le problème n'est pas le contenu.  Le problème est que nous nous prenons pour la voix.

Quand elle dit : "Je suis nulle". Deux choses se passent :

  • La phrase apparaît dans la tête. Trois mots, une vibration brève sans plus de réalité qu'un nuage.uelque chose en nous prend cette phrase au sérieux et c'est ce qui fait le plus de mal. Sans cette adhésion, la phrase passe comme un nuage, mais en y croyant, avec l'adhésion, la phrase devient un verdict, une vérité sur nous. Toute la diférence est là. Ce ne sont pas les pensées qui font souffrir, c'est le fait d'y croire. Cette nuance change toute une vie, nous n'avons pas besoin que notre voix se taise, nous avons besoin de nous souvenir que nous ne sommes pas elles.

Imaginons un théâtre, sur la scène un acteur joue. Il parle, il bouge, il pleure, il rit, il s'emporte. L'acteur, c'est notre voix. 

Dans la salle, dans le noir, il y a un spectateur qui regarde. Ce spectateur, c'est nous. Nous regardons. Parfois, nous rions, parfois nous pleurons, mais à aucun moment, nous sommes l'acteur.

Le drame d'une vie humaine, c'est que nous avons oublié que nous sommes l'observateur. Nous avons confondu l'acteur avec soi et depuis tout ce qu'il vit nous traverse. 

Il y a un endroit dans notre corps qui nous rappelle à chaque seconde que nous sommes observateur, témoin et non acteur. Cet endroit est notre souffle. Nous respirons depuis notre naissance et respirerons jusqu'à la dernière seconde et entre les deux, nous n'y faisons presque jamais attention. Pendant quelques secondes remarquons l'air entrer puis sortir.

La voix lorsque nous portons notre attention sur le souffle se tait.

La voix s'est tue, pas pour toujours, mais pour cet instant. Nous sommes dans le corps, dans ce qui respire. C'est tellement simple. Tout le monde cherche des techniques compliquées, des méthodes longues, des formations chères. Juste le souffle, et nous pouvons y revenir en toute circonstance, à tout moment. Nous sommes ce que nous sommes juste nous-même

Le jour où, nous nous en rendons compte pour la première fois, ce n'est pas un éclair, pas une révélation spectaculaire, juste un petit silence, un demi-pas en arrière, un instant où la voix parle et où quelque chose en moi, très calmement, la remarque. Il y a, elle, qui parle et celui qui la remarque. Et celui-là ce n'est plus elle.

Ce moment de conscience, nous pouvons le vivre dans une fatigue extrême ou dans le silence après une grande émotion. Un instant où la voix s'est tue et où il restait quelqu'un, même plus présent que jamais. À chaque fois que nous remarquons que nous pensons, nous sommes en pleine présence, en pleine conscience. Nous sommes le témoin, l'observateur, la Conscience, nous sommes qui nous sommes vraiment.

La voix n'est pas l'ennemi, elle sert. Elle permet de planifier sa journée, de se souvenir d'acheter du pain, d'apprendre, de résoudre des problèmes. Sans elle, nous serions en difficulté pour beaucoup de tâches concrètes. Le problème, ce n'est pas qu'elle existe. Le problème, c'est qu'elle prend toute la place et ne sait pas se taire quand elle n'a plus rien à faire. La voix mentale est un outil formidable, et nous formons une équipe de plein potentiel lorsque celle-ci est mise au service de l'Inspirtion du coeur et qu'elle n'est plus utiliser et user à tout régenter.

Le silence se crée à travers l'attention

Lorsque nous prêtons vraiment attention à quelque chose, la voix recule.  Lorsque nous comtemplons un paysage, nous regardons vraiment quelqu'un, une peinture, une fleur ... que nous aimons sans préparer de jugement, de réponses, d'arguments. Lorsque nous écoutons vraiment là, en pleine présence, une personne, de la musique, le vent et la pluie, ... sans penser à commenter, donner son avis ... la voix s'efface. Et c'est pareil lorsque nous buvons notre thé, café dans le silence du matin, en ressentant vraiment son odeur, sa chaleur, son goût. Chose impossible à ressentir en faisant dix choses à la fois et en pensant à sa journée à venir. Juste là, complètement présent, étrangement bien, lors de ces moments suspendus, dans la pleine présence et c'est dans ce silence que nous pouvons recevoir l'Inspiration. Nous avons besoin de quelques secondes pour revenir à nous, pour reparler, comme si nous revenions de quelque part, c'est qu'effectivement, nous revenons.

Dans la nature nous enregistrons sans étiqueter, Nous ne disons pas dans notre tête, que l'oiseau chante ou que la lumière dorée joue avec les feuilles vertes tendres agitée par la brise... nous regardons et nous sourions. La nature ne calme pas par sa beauté, elle nous calme car elle ne nous demande pas de la commenter. Et dans ce silence du commentaire, nous redevenons sans le décider ce que nous sommes vraiment, la Conscience en pleine présence.

Combien de fois dans une journée, sommes-nous vraiment là, présent ? À ce que nous goûtons, à ceux que nous "écoutons", à nos sensations, à nos ressentis. Pour la plupart presque jamais. Et la voix adore ça. Tant que noous ne sommes pas dans le moment, nous sommes dans son commentaire du moment, dans son régentement.

Le commentaire d'un moment n'est pas le moment. C'est peut-être la définition la plus simple d'une vie qui passe à côté d'elle-même. Manger vite, embrasser distraitement, écouter en pensant à autre chose. Tout est filtré par le commentaire. 

Les souvenirs les plus forts d'une vie sont presque toujours les moments oû la voix s'est tue. Le premier baiser, le sommet d'une montagne, la naissance d'un enfant, la main d'un proche qu'on a perdu. Pas les moments complexes, mais les plus présent. La présence, la pleine conscience est ce que nous sommes naturellement lorsque nous enlevons le bruit des commentaires, des supositions, du jugement, du passé, de l'avenir, ... .

Lorsque nous regardons vraiment quelqu'un en silence, sans préparer de phrases, juste en le regardant, nous sentons parfois quelque chose. Quelque chose qui n'est pas son corps, qui n'est pas ses mots, qui n'est pas vraiment son histoire non plus. Nous sentons derrière son visage qu'il y a quelqu'un, un témoin aussi derrière ses yeux, comme nous-même sommes derrière les nôtres. Et dans cet instant, deux silences se reconnaissent. Mais la plupart du temps, nous ne nous voyons pas, nous voyons la voix de l'autre, son rôle. Nous voyons ce qu'il représente pour nous. Quand par bonheur, deux présences se reconnaissent, cela produit une émotion étrange. Beaucoup de gens dans ces moments pleurent sans comprendre pourquoi. Ce ne sont pas des pleurs de tristesse, ce sont des pleurs de reconnaissance. Quelque chose en eux a été vu pour la première fois depuis longtemps. Pas leur masque, eux.

Cette présence que nous recherchons, nous la voyons être sans effort chez les enfants. Si nous observons un enfant de deux ans regarder un papillon, il regarde simplement, de toute son attention. Il ne fait aucun effort pour être là. Il ne sait même pas qu'il est là. Il l'est et c'est tout. Et c'est peut-être ce qui nous touche, leur pleine présence. Nous recherchons cet état à atteindre alors qu'en réalité c'est désapprendre de fuir l'instant. Rappelons-nous que nous avons été cet enfant et que nous pouvons le redevenir.

Cette présence que nous recherchons nous apparaît également dans la perte. Lorsque un amour s'arrête, ou lorsque quelque chose que nous tenions pour acquis disparaît d'un coup. Dans ces moments, la voix se tait. Pas par discipline, par effondrement. Tout ce qu'elle racontait depuis des années n'a plus de sens. Ses petits jugements, ses petits projets, ces petits agendas sont balayés. Il reste soi. Beaucoup dans le deuil disent qu'ils n'ont jamais été aussi présent, aussi vivant, aussi vrai, qu'à ce moment-là. Au milieu du pire qui leur arrive, quelque chose en eux est plus vivant que jamais. Ce quelque chose, ce n'est pas un mécanisme de défense, c'est Soi qui était caché sous la voix et qui apparaît enfin quand la voix tombe. Après une grande perte, beaucoup ne sont plus tout à fait les mêmes. Ils sont plus simples, plus profonds, moins anxieux. Comme si la perte avait dégager un espace et cet espace, c'est l'être que nous sommes retrouvé, c'était lui depuis le début. Mais il a fallu que la voix se taise pour qu'il soit.

Nous ne sommes pas obligé d'attendre la perte pour le retrouver. C'est juste que la perte le rend parfois inévitable. Le reste du temps, le témoin est là, la Conscience nous habite, dans une cuisine ordinaire, dans une journée ordinaire, à chaque seconde où la voix prend un peu du recul.